06 juin 2011

Stop ou Encore : chapitre 1 suite


Avril 1947



11, rue Charles Abel à Metz


Notre appartement : au troisième étage, balcon en fer forgé. Fenêtre de droite : chambre des parents et celle de gauche : chambre de mémé Metz



Avril 1947


Trois heures du matin, le bébé étouffe !
Elle ne peut plus respirer, son souffle
Se raréfie, alors urgence en clinique.
Après plusieurs minutes, diagnostic
Assez grave : double pneumonie.
Panique de la maman, petite Maüsi,
Ainsi surnommée par son mari.

Les heures s’écoulent inlassablement
Et douloureusement pour les parents.
Ils étaient déjà venus dans cet hôpital
De Notre-Dame de bon secours
Pour Ferdinand leur petit amour
Cinq ans plus tôt, et leur enfant
Disparut d’une maladie fatale


Cela n’allait pas recommencer !
Vianney prend la main de Maüsi,
Son épouse, sa petite souris.
Il la berce dans ses bras inquiet,
Sa princesse lutte contre la maladie,
IL se sent impuissant et prie Dieu
De ne pas envoyer sa fille dans les cieux.

Heures interminables d’anxiété, de peur,
Puis le jour venu, soleil dans les cœurs
La fièvre : tombée ! Leur fille : sauvée !
Encore quelques jours d’hospitalisation
En observation avant triomphal retour
A la maison avec jouets neufs et toujours
Mamy, son œil critique et air bougon


          Je me sentais mal, j’étouffais, une douleur atroce dans la poitrine m’empêchait de respirer normalement. J’avais alors huit mois. Je hurlais de toutes les forces qui me restaient pour que quelqu’un me vienne en aide. Maman fût la première à se réveiller. Elle me tâta le front et s’affola.


          - Vianney ! Vite ! Il faut emmener Violette aux urgences ! Elle ne respire presque plus !


          Grand-mère sortit de la chambre, les cheveux ébouriffés et de sa voix forte, dit  en allemand, seule langue qu’elle connaissait :


        - Warum schreist du so in der mitte nacht ? (Pourquoi cries-tu ainsi au milieu de la nuit ?)


          Personne ne lui accorda d’importance, les préoccupations étaient ailleurs. Papa m’enveloppa dans une couverture, me prit dans ses bras et courut jusqu’à l’hôpital Notre Dame de Bon Secours situé à cinquante mètres de l’appartement.


         Premier diagnostic : double pneumonie. Le médecin autorisa mes parents à rester dans la chambre. Commença alors, une interminable nuit de peur et d’incertitude. Ils sursautaient au moindre de mes gestes. Maman pleurait en murmurant : Mon Dieu ne me prenez pas mon bébé encore une fois !


          Cinq ans plus tôt elle était dans la même clinique. Son petit Fernand, âgé de trois semaines venait de décéder suite à une malformation de l’estomac. Le lendemain du drame, elle détruisait tous les meubles de la chambre d’enfant à grands coups de hache avant de sombrer dans une profonde déprime.


           Mon père comprit qu’elle songeait au passé et la serrait contre lui en essuyant ses larmes. Il tentait de la rassurer en cachant sa propre inquiétude.


          - Maüsi chérie, calme-toi…La convulsion est passée…La fièvre va bientôt tomber avec les médicaments…



8 heures le lendemain matin


          J’ouvre les yeux, je remue la tête, puis les bras, je me sens bizarre. Où suis-je ? Ce n’est pas ma chambre ! Qui est cette dame avec son chapeau blanc ? Je veux maman ! Je hurle : Maman ! Papa !


          Mes parents se précipitèrent vers mon lit. L’infirmière les rassura :


          - Votre fille va mieux, la phase critique est passée, sa température est presque normale…Nous allons la garder quelques jours en observation par précaution, puis vous pourrez la ramener et continuer le traitement chez vous.


          Une semaine plus tard : arrivée triomphale à la maison. Je découvrais une foule de nouveaux jouets sous l’œil réprobateur de Mémé Metz. Elle ne supportait pas de vivre seule, alors papa avait accepté de cohabiter dans son appartement situé au centre du quartier résidentiel de Metz. Cela devait être une situation temporaire…temporaire qui durait ! Cela arrangeait aussi papa car les Teintureries Réunies, dont il était chef du personnel, étaient très proches. De plus le logement, spacieux et très clair, était  à proximité de tous les commerces. Mémé Metz, mère de six garçons dont trois avaient disparus à la guerre, aigrie par deux divorces, détestait les filles et par voie de conséquence, les femmes. Il ne se passait pas un jour sans qu’elle ne répétât :


         -  Hier ist das mein Haus. Vergiß ihn niemals. (Ici c’est ma maison. Ne l’oublie jamais.)


          Comment maman aurait-elle pu l’oublier ! Chaque jour elle avait droit à cette litanie, sans compter les autres injures et remarques désobligeantes.


          Barbe portait bien son nom ! C’était le type même de la belle-mère envieuse et chiante ! Mais elle était chez elle ! Alors maman mettait un mouchoir sur ses doléances et se taisait. A cette époque j’étais trop petite pour y mettre mon grain de sel. Ce ne fut pas le cas plus tard.


          Au cours de l’année qui suivit, quand mémé Metz apprit que maman était enceinte elle maugréa :

      -   Ich hoffe, das dieses Mal es wird ein Junge ! (J’espère que cette fois ce sera un garçon!)


          Cette fois, elle eut gain de cause. Mon frère, Vianney, Charles naquit le 17 février 1949.  Mémé Metz jubilait car en plus, le petit portait le même prénom que son père.


17 02 1949 

Naissance  de Vianney Charles Junior.
Mémé Metz qui maugréait jusqu’alors,
Jubilait et riait car la venue d’un garçon
Allait tout changer dans la maison.
Maüsi était trop faible pour riposter.
La hargne de sa belle mère l’épuisait.
Quelle ne fut pas la  négative surprise
De s'apercevoir de l’immense emprise
De la Princesse sur son père adoré !
La petite du haut de ses trois ans
Avait senti inconsciemment
Le pouvoir qu’elle possédait
Quand dans les bras du père, sautait
Et…Toutes manigances, déjouait !

          Du haut de mes trente mois, j’étais triste de voir maman si blanche dans ce grand lit aux draps brodés. Je demandai à la sage-femme si maman était malade. Elle me tapota la joue en disant :
          - Non petite Violette…Elle est juste un peu fatiguée
         
          Je pris la main de papa et le priai de me soulever pour voir mon petit frère. Petit, était un euphémisme ! Il avait presque cinq kilos et mesurait cinquante quatre centimètre Du haut de mes trente mois, j’étais triste de voir maman si blanche dans ce grand lit aux draps brodés. Je demandai à la sage-femme si maman était malade. Elle me tapota la joue en disant :


- Non petite Violette…Elle est juste un peu fatiguée…

           Mémé Metz me grommela à l’oreille : Laisse ton père tranquille ! Il a autre chose à faire ! J’étais têtue (déjà !) si bien que papa me prit dans ses bras :

        - Regarde ma chérie, c’est ton petit frère !


          Je pus admirer ce gros poupon qui avait de drôles de gros yeux ! Grand-mère était vraiment en colère :

          - Du hast einen Sohn yetz ! Eben mit ihm sollst du dich zu allererst beschäftigen!, nicht mit dieses unerträglichen kleinen Mädchen (Tu as un fils à présent ! C’est de lui que tu dois t’occuper en priorité, pas de cette insupportable gamine !)


          Elle s’imaginait quoi ! Que j’allais me laisser faire ! Maman était peut-être trop fatiguée pour lui répondre mais moi je comprenais maintenant, pas tout, c’était sûr, mais assez pour savoir qu’elle ne m’aimait pas ou ne semblait pas m’aimer.


A suivre...